Les Sept Pièces en un acte que nous vous présentons ont pour cadre le vieux Sud des États-Unis si cher à Tennessee Williams. Ce Sud des anciennes familles de descendance française, des grandes plantations de coton et de tabac, opulentes, ruinées ou plus modestes, d’origine paysanne et ouvrière. Ce Sud paradisiaque et envoûtant. Ce Sud tropical et marécageux, suffocant et suintant. Ce Sud maudit, esclavagiste et raciste. Ce Sud humilié par les armées nordistes moralisatrices. Ce Sud ségrégationniste, aux lynchages d’anciens esclaves. Ce Sud ravagé par la Grande Dépression. Ce Sud de la classe ouvrière blanche appauvri. Ce Sud pudibond et réactionnaire. Ce Sud croyant et superstitieux. Ce Sud fantasmé, perdu à jamais. Ce Sud en quête d’éternel et d’un impossible rachat.

Les personnages de ces pièces, quels que soient leur sexe, leur âge, leur statut social, sont des individus tourmentés, aux existences chaotiques, aux frustrations anciennes, profondes et multiples, aux plaies à vif, aux âmes damnées et aux cœurs anéantis.

Ces pièces sont représentatives de la grande richesse de l’œuvre de Tennessee Williams. Tant par la diversité sociale des personnages qui la traverse, que par les thématiques abordées par celle-ci, telles que la sexualité refoulée, le viol, la folie et l’internement psychiatrique, le déclassement social et le mépris de classe, le désœuvrement et la solitude.

Elles révèlent le trouble intérieur de l’être et la violence que génère la société américaine de la Nouvelle-Orléans du milieu du XXème siècle.

Elles démystifient le culte d’une Amérique bienveillante et généreuse qui n’a existé que dans une fantasmagorie historique trompeuse. Et elles nous la dépeignent patriarcale, rétrograde et sectaire, individualiste et inégalitaire, brutale et violente, qui enferme plus qu’elle ne libère ou n’accueille l’individu dans toute sa singularité.

Les scènes oscillent entre drame poignant, farce grotesque, échanges extravagants ou poétiques, introspection et espérance. L’auteur croque avec une infinie tendresse et une élégante ironie des individus malmenés et combatifs, en quête de rédemption, qui attendent l’amour les bras tendus

1 Propriété Condamnée  1946 

Willie: Évelyne Mayeur, Tom: Alain Vansteenkiste 


L’action se situe dans les faubourgs d’une petite ville paupérisée du Mississipi où les trains ne s’arrêtent plus depuis la Grande Dépression de 1930. Willie, concentrée, en équilibre, une poupée dans une main et une banane dans l’autre, avance d’un pas mesuré sur un des rails de la voie de chemin de fer désaffectée. À l’autre extrémité du plateau, Tom, tout en jouant aux cartes, la regarde, intrigué. Un conversation s’amorce entre Willie et Tom, Alors, se dessine le personnage de Willie, être fantasque et bravache, qui dépeint avec verve et ironie le décès tragique de sa sœur aimée, Alva, morte de la tuberculose, quelques années plus tôt. Tout en se vantant de reprendre à son compte, prochainement, le petit commerce galant et sexuel qu’exerçait sa sœur Alva dans la pension que tenaient leurs parents.

Qu’il s’agisse d’affabulations ou de réels souvenirs d’enfance, que la narratrice soit une jeune vagabonde livrée à elle-même ou une vieille femme clochardisée et mythomane, est secondaire ; ce qui importe surtout, c’est la construction verbale du personnage de Willie, toute romanesque qu’elle soit, qui met en lumière un mécanisme de détournement par le langage, et permet de révéler dans toute sa brutalité, la sordide vie de Alva et de Willie, et l’anéantissement du rêve américain, tant moral qu’économique. 

Ce procédé narratif de déformation de la réalité est régulièrement utilisé par Tennessee Williams dans ses pièces. Il estime que cet artifice aide souvent à établir avec plus de pertinence la complexité d’une interaction, la singularité d’un protagoniste et de son parcours, la violence d’un traumatisme, qu’une restitution objective, clinique ou frontale. Procédé qu’il utilise pour sa propre autobiographie, dès plus approximatif.


En 1966, Propriété privée, magnifique variation cinématographique sur la vie d’Alva, inspirée de cette pièce, sera réalisée par Sydney Pollack avec Natalie Wood (Alva), Mary Badham (Willie), et Robert Redford (Owen). 





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2  Le Bonjour de Bertha  1946

Bertha: Morgane Champion, Goldie: Anne Mourand-Sarrazin, Lena: Michèle Chapat


Bertha est une jeune prostituée, du quartier chaud de La Vallée, situé le long des marécages de Saint-Louis. Elle est alitée depuis une quinzaine de jours, sans que son état ne semble s’améliorer. Goldie, la tenancière du lieu, tente de la convaincre de prendre une décision, soit de rentrer chez elle, soit de se rendre à l’hôpital ; car dans son état, elle ne peut plus travailler et elle se doit de libérer la chambre pour la laisser à d’autres filles.

Bertha est le type même de personnage que Tennessee affectionne. Créature malmenée par la vie, bravant les convenances, naïve, tentant d’échapper à sa condition sociale, se raccrochant à une romance avortée, démunie et conspuée. Pour l’auteur, elle est une représentation des exclus du monde moderne, dont une mort symbolique ou violente (enfermement, maladie, suicide, meurtre ou exécution) clôt souvent la destinée de ces êtres sacrifiés

Pour l’auteur, tout comme la sexualité, la prostitution est une transgression, une souillure, un révélateur, qu’elle soit féminine ou masculine, exercée dans la rue ou institutionnelle (concubinage, mariage), hétérosexuelle ou homosexuelle. Objets  de  concupiscence et d’expiation,  ces  êtres  bousculent  les convenances sociales et questionnent la nature profonde de chacun, le sens de la vie, de sa brièveté, de son absurdité. L’auteur aime dépeindre avec compassion ces parcours atypiques.


Ce thème est récurrent dans l’œuvre de Tennessee Williams (lui-même fut un client régulier de prostitués masculins). Il est présent dans Propriété Condamnée (Alva), Vingt-sept remorques de coton (Baby Doll), Un Tramway nommé Désir (Blanche DuBois), Soudain l’été dernier (Catherine, les jeunes gens) ou Doux oiseau de jeunesse (Chance Wayne) … et dans ses romans et nouvelles (Le Printemps romain de Mrs Stone, Le Boxeur manchot … ) entre autres. 





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3  Comme un non-dit  1951

Cornelia Scott: Marie Benoist-Lucy, Grace Lancaster: Sylvie Duchêne


Cornelia, célibataire et vieillissante, richissime et autoritaire, raciste et sectaire, partage depuis une quinzaine d’années son quotidien avec Grace, veuve désargentée qui fait office de discrète dame de compagnie et de parfaite secrétaire.

Dans ce vaudeville pétillant et féroce, Tennessee Williams épingle avec espièglerie la figure tyrannique de cette insupportable femme toute puissante, qui régente son monde et l’organise à sa guise sous sa ferrure de despote. Il y a de la prédation chez cette femme carnivore, une odeur de carnage.

Face à elle, Grace, figure de la femme douce et digne, intelligente et lucide, qui par nécessité économique semble s’accommoder d’une situation équivoque. Toujours en équilibre, telle une funambule, esquivant les sarcasmes et supportant les brimades, toutefois sans totalement se soumettre aux attentes de sa patronne.

Sur ce champ de bataille, la parole est cinglante, affectée et sournoise, rarement honnête. C’est une arme tranchante plus qu’un instrument de connaissance ou d’apaisement. Le langage est ici un dispositif pour asservir et dissimuler les rapports de force entre les individus, étouffer une sexualité refoulée et des désirs inavoués, juguler un besoin inassouvi d’amour, masquer l’orgueil incommensurable d’une classe dominante, et camoufler le moralisme hypocrite d’individus sectaires.


Nous retrouvons chez Cornelia, le caractère de Madame Venable, la mère de Sébastien (Soudain l’été dernier (1958). Sans scrupules, ce qu’elle veut, elle se doit de l’obtenir.





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4 Portrait d’une Madone 1941

Miss Collins: Michèle Chapat, Nick, le concierge: Alain Vansteenkiste, Franck, le liftier: Hugues Barrière, Madame Abrams: Évelyne Mayeur, Le médecin: Marie Benoist-Lucy, L’infirmière: Talia Amougou


Miss Collins est une vieille femme pudibonde et indigente, qui a quitté son Sud natal, il y fort longtemps, et qui vit recluse depuis de très nombreuses années dans un sordide appartement qu’elle loue dans une ville du nord des États-Unis.

Depuis quelque temps, elle est aux prises avec de terrifiantes hallucinations. Elle est persuadée que Richard, son grand amour de jeunesse, vient inlassablement la violer, malgré ses vaines tentatives de résistance.

Indignée, à bout de force et angoissée, elle décide de confier cette abominable et infâme calamité au gérant de l’immeuble. Ce dernier dépêche le concierge et le liftier auprès d’elle pour faire diversion, avant son internement imminent en hôpital psychiatrique.

Miss Collins, confuse, accueille avec urbanité les deux visiteurs. Une conversation s’établit entre ces trois individus. Elle révèlera la bienveillante écoute du concierge, le caractère salace et impitoyable du liftier et tout particulièrement les conflits intérieurs qui déchirent et submergent Miss Collins.


Ce drame poignant, écrit en 1944, annonce la destinée de certains personnages de l’œuvre de Tennessee Williams tels que Blanche (Un Tramway nommé désir, 1947) ou Alma (Été et Fumées, 1948).


Miss Collins représente l’une de ces figures féminines sudistes, les plus emblématiques du théâtre de Tennessee Williams. Ces jeunes filles éduquées et prudes du Sud, beaux objets destinés à satisfaire les hommes, qui attendent le prince charmant, sans avenir hors du mariage et du culte, sans métier, sans autonomie financière, sans possibilité d’émancipation sociale et d’épanouissement sexuel. Corsetées par une société archaïque et moralisatrice, patriarcale et misogyne où la sexualité féminine est annihilée voire refoulée.

La folie ici, comme dans toutes ses pièces, n’est là que pour révéler le trouble intérieur de l’être, et la violence que génère une société plus aliénante qu’épanouissante ou pour faire émerger sous une forme altérée un événement traumatique.

Dans cette pièce, c’est celui d’un viol que l’héroïne a subi lorsqu’elle était jeune femme. Viol qu’elle a enfoui au plus profond d’elle-même, tant le silence assourdissant de la bonne société puritaine américaine le lui ordonnait, préférant condamner et enfermer les victimes plutôt que de les entendre et de se confronter au crime abject d’un de ses distingués membres, où la prédation sexuelle est coutumière. La folie est aussi une autre illustration de la future déchéance psychiatrique de l’auteur, et de l’image dégradée de sa sœur Rose (double de l’auteur), lobotomisée en 1942, et enfermée contre sa volonté quelques années auparavant, après avoir révélé à leur mère que leur père l’avait violentée. C’est l’écho de l’impuissance de l’auteur à protéger sa sœur adorée et de sa culpabilité dévorante et dévastatrice, qui le poursuivra toute sa vie. Tennessee 


Williams mettra en scène ces thématiques (la fragilité psychologique, le viol, et l’internement psychiatrique) dans La Ménagerie de verre (1944), Un Tramway nommé désir (1947), Soudain l’été dernier (1958).



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5  Le Long séjour interrompu ou le dîner qui laisse à désirer  1946  

Archie Lee: Hugues Barrière, Baby Doll: Talia Amougou, Tante Rose: Évelyne Mayeur


Sur la terrasse de leur cottage délabré, aux abords de la Montagne-Bleue, Archie Lee et Baby Doll Bowman vitupèrent contre leur vieille Tante Rose, octogénaire, qui ne semble plus assez efficace à leurs yeux pour exécuter les tâches domestiques qu’ils lui ont attribuées.


Si Tennessee Williams est âpre avec les exécrables dames patronnesses fortunées sudistes, il est tout aussi virulent avec ce détestable couple d’ouvriers, tant leur médiocrité, leur mauvaise foi et leur bassesse sont affligeantes. Il les dépeint sots, grossiers, égocentriques, opportunistes et jaloux.À ses yeux, la pauvreté ne saurait pas justifier une telle ignominie et cruauté.

Face à ces ingrats, Tante Rose, vieille fille malmenée, est devenue indésirable, alors qu’elle a tant travaillé durant toute sa très longue vie au bien-être de sa famille, les nourrissant, les veillant, les soignant avec dévouement et indulgence.

Avec sa candeur teintée de servilité et de mélancolie, elle nous offre le portrait touchant d’un être digne, porté par son amour indéfectible pour les siens et pour Dieu.


La truculence des dialogues permet de transformer cette vile situation en une farce coriace dont l’apothéose est emplie d’une grâce poétique, mystique et métaphorique. 

Tennessee Williams, une fois de plus, nous emporte avec ce conte humaniste.


Le thème de l’indigence chez les personnes âgées est traité dans les pièces telles que, Portrait d’une Madone, Vieux Carré, et aussi dans de nombreuses nouvelles de l’auteur


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6  La Dernière de mes montres en or 1946 

Charlie Colton: Alain Vansteenkiste, Mademoiselle Harper: Morgane Champion, La domestique: Michèle Chapat,


Charlie Colton, vendeur ambulant de chaussures, depuis plus d’un demi-siècle, vient d’arriver dans une de ces petites villes-étapes du delta du Mississippi où il expose les modèles de sa nouvelle gamme de produits, lors de ses interminables tournées


Comme à l’accoutumée, il est descendu dans un de ces modestes hôtels qu’il fréquente depuis le début de sa carrière.

La chambre est vétuste ; il est introduit par une domestique de l’hôtel, qu’il connaît depuis longtemps. 

Bien qu’amaigri, il a encore beaucoup d’allure, et affiche un sourire matois. Orgueilleux, il tient à donner le change, à masquer sa lassitude et à dissimuler une lancinante angoisse qui l’oppresse depuis plusieurs mois déjà. Ce n’est que seul qu’il s’abandonne à quelques expirations profondes.

Hâbleur, il aime la conversation et jouer au poker. Ce soir, il a proposé à Mademoiselle Harper, une jeune et dynamique représentante de commerce, qu’il a croisée à la réception de l’hôtel en arrivant, de passer lui rendre visite.

Après les courtoisies d’usage, il amorce un babillage décousu, disserte sur les nouvelles du monde, égraine les décès des uns et des autres, tout en vantant la qualité les modèles de sa nouvelle gamme de chaussures.

Au fil de la conversation, nous découvrons un être désenchanté, conscient qu’il a fait son temps, mais incapable de renoncer à ces longues déambulations commerciales sur les routes du Sud, quitte à mourir sur l’une d’elles.

Il ne peut que maugréer contre ce monde qu’il ne comprend plus. Tout égocentrique, vaniteux, acariâtre et réactionnaire qu’il est, il finira par nous émouvoir tant sa solitude est immense, tant son désarroi est sincère face à ce monde qui cruellement le rejette et ne lui laisse que quelques chimériques breloques à arborer sur son veston élimé, trophées d’une gloire illusoire et d’une vie ratée, sans attache, sans amour.

Là encore, dans cette courte pièce, Tennessee Williams fait mouche.


Cornelius, le père de Tennessee Williams fut lui aussi un représentant de commerce en chaussures. Violent et sensuel, il était un grand noceur. Dans plusieurs nouvelles, l’auteur traite de son univers familial.



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7  Parle-moi comme la pluie et laisse-moi écouter  1953 

Elle: Anne Mourand-Sarrazin, Lui: Hugues Barrière


Cette dernière pièce ne se déroule pas dans le Sud, elle l’évoque peut-être, comme dans le Portrait d’une Madone.

Elle a pour décor une chambre miteuse de Manhattan, la pluie tombe, interminablement, la chaleur y est peut-être étouffante. Un homme hébété, émerge d’un long état de coma éthylique et tente de se souvenir des événements incohérents qu’il vient de vivre, tout en étant résigné à revivre éternellement cette situation.De toute évidence, il a été malmené, séquestré peut-être, certainement brutalisé. Est-il un objet sexuel ou juste un souffre-douleur, la victime d’une beuverie qui a mal tourné après une très longue déambulation alcoolisée dans quelques estaminets de New-York ?

Près de lui, assise et stoïque, une femme l’écoute, lasse. Elle absorbe, résignée, le récit confus de cet homme. Elle l’a recherché vainement durant de nombreux jours. D’une présence magnétique, affamée, anxieuse, épuisée, elle boit un verre d’eau à toutes petites gorgées.

La pièce est construite sous la forme de deux soliloques juxtaposés, à peine ponctués par la parole de l’un ou de l’autre. Leurs âmes sont distantes, leurs sentiments meurtris, leurs corps dissociés, disloqués.

Le propos de l’homme est prosaïque et obscur, une antienne, un râle. C’est la résonance d’un passé et d’un présent immuables, chaotiques et fragmentés, reproduits sans fin, sans qu’il puisse s’en échapper ; une torpeur ou un cauchemar dans la jungle minérale d’une ville incommensurable et inhospitalière.

Celui de la femme est un songe, une rêverie à voix haute, charnelle, une échappatoire, l’abandon d’un d’amour exsangue, l’oubli d’une vie absurde, la construction mentale d’une espérance, d’un ailleurs, d’un chemin la conduisant vers un renoncement total d’elle-même, vers une dissolution. C’est une mélopée apaisante, telle une pluie rafraichissante sur un corps fiévreux, le souffle léger d’un vent doux et frais caressant un visage, ou peut-être le cri d’un effroyable désespoir, qui ne peut plus se contenir, le sanglot retenu d’une femme égarée au bord d’un gouffre, l’éphémère poème d’une dernière tentative, d’un ultime espoir, une rengaine usée …

Peu commune à son œuvre, plus classique, la prosodie musicale de cette pièce suggère plus qu’elle ne raconte. Elle est comme organique, sensorielle. Elle nous demande de nous laisser porter par cette langue particulière, très construite, annonciatrice du théâtre de Jean-Luc Lagarce, en autre.




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Tennessee Williams  1911  1983


Avec Eugene O’Neill, Arthur Miller et Edward Albee, Tennessee Williams est l’un des quatre dramaturges américains majeurs du XXème siècle, et le seul sudiste.

Tennessee Williams est influencé par le théâtre d’Anton Tchekhov, de Henrik Ibsen et de George Bernard Shaw, il tente tout comme eux de restituer “la vie” dans ses pièces ; sa forme de prédilection est “la conversation”.

Auteur complet et prolifique, travailleur acharné, il n’a cessé d’écrire et de réécrire pièces, romans, nouvelles et poésies, depuis son plus jeune âge et cela jusqu’à sa mort. Plus d’une centaine de pièces, deux romans, une cinquantaine de nouvelles, trois recueils de poèmes, quatre-vingts essais, deux mille huit cents lettres.

Il est très influencé par les mythes antiques et les acteurs hollywoodiens, la mystique religieuse (bien que peu croyant), l’androgynie, le symbolisme animalier, la flore sauvage souvent dangereuse, les éléments météorologiques. Sa littérature déploie les thèmes obsédants de la solitude, du désenchantement, du désœuvrement, de l’amertume, des rêves brisés, de l’orgueil foudroyé, de l’angoisse, de l’aliénation, des amours vaines, du désir inassouvi, de la sexualité et de l’érotisme, du viol, de la domination masculine, patriarcale et religieuse, … Les références à l’homosexualité (masculine ou féminine) parsèment son œuvre, toutefois de manière diffuse, suggérée, c’est un élément parmi d’autres, rarement déterminant. La plupart des personnages de son œuvre sont inadaptés, marginaux, perdants, désemparés, en lutte Son écriture est qualifiée de néo-réalisme romanesque, teintée de baroque. Elle est ciselée, charnelle, ironique, lyrique.


Né Thomas Lanier Williams, le 26 mars 1911 à Columbus, état de l’Ohio, il décède, de cause non déterminée (accidentelle ou par suicide), le 25 février1983, à New-York. Il prend le nom de Tennessee en hommage à ses origines françaises, et à son fort accent sudiste, pour lequel il fut très souvent moqué.

Enfant de santé fragile, alité plus d’une année, il grandit au milieu d’une vie familiale chaotique : une mère tendre et un peu snob qui lui offre sa première machine à écrire en 1923, un père alcoolique, autoritaire, violant et incestueux, un grand-père maternel pasteur ouvert d’esprit et féru de littérature, qui l’emmène dans ses nombreux voyages en Europe, une grand-mère qui joue du violon et du piano, une nounou noire très affectueuse qui lui transmet la culture afro-américaine. Et, bien entendu, sa sœur aimée, Rose, âme-sœur et double de l’auteur, figure centrale de son œuvre, avec qui il entretient une relation fusionnelle. Rose a une santé psychique fragile, elle est régulièrement internée.


En 1938, après l’obtention de ses diplômes universitaires, Tennessee Williams quitte sa famille pour la Nouvelle-Orléans. Jeune adulte, il y découvre une vie de bohème, s’y émancipe, y vit ses premières expériences sexuelles, y occupe de multiples emplois modestes et précaires, y observe la faune interlope de ce quartier populaire de Louisiane qui deviendra le décor de nombreuses de ses pièces en un acte.

En 1941, lorsque les États-Unis entrent en guerre, il est réformé en raison de son dossier psychiatrique, de son homosexualité, de son alcoolisme, et de ses troubles cardiaques et nerveux.

En 1943, leur mère décide de faire lobotomiser Rose, sans en informer Tennessee. Il en est dévasté.


En 1944, La Ménagerie de verre est montée à Broadway. Puis en 1947, Un Tramway nommé désir signe le début du succès. En vingt-quatre ans, dix-neuf pièces de Tennessee Williams sont créées. La Nuit de l’Iguane (1961) est son dernier grand succès. Il va s’ensuivre un long déclin artistique pour Tennessee Williams


En 1940, Tennessee entame la première des trois grandes liaisons amoureuses de sa vie avec un jeune danseur canadien, Kip Kierna (qui mourra quatre ans plus tard, en 1944). Il se jette frénétiquement dans cette relation et y développe un appétit sexuel qu'il ne peut réfréner. Il a beaucoup d’amants, dont certains tarifés.

Être mobile, il voyage beaucoup : Europe, Amérique du Sud. De santé fragile, de caractère anxieux, dépressif et hypocondriaque, toujours en quête d’absolu et de pureté, il est en prise à d’intenses colères, à des crises profondes  de  culpabilité  et  d’excès de toutes  sortes  (alcools,  stimulants,  médicaments), tout  en ne  cessant

d’écrire et de nager quotidiennement.

En 1963, son grand amour et amant, Frank Merlo, avec qui il a vécu pendant quinze ans, meurt d'un cancer à New-York. Pour Williams, c'est l'effondrement,

Dès lors, dévasté par le chagrin, le dramaturge connaît une lente descente aux enfers qui va durer sept ans, les “années de la grande déprime”.

Tennessee Williams est interné de force en 1969 par Walter, son jeune frère. Il décrit cette expérience comme très éprouvante et humiliante.


Les dernières années de sa vie sont un naufrage artistique, tant redouté. S’il est acclamé, adulé, primé, honoré dans les festivals et théâtres renommés, il est désormais d'un autre temps ; Tennessee Williams ne se fait plus d'illusion sur son avenir. Ses dernières années sont une fuite en avant ; seul, il est miné par une profonde tristesse.

Abandonné par son dernier amant, il est retrouvé mort le 25 février 1983, dans sa suite de l'Hôtel Élysée à New York. Contre sa volonté, son frère Walter le fait enterrer à Saint-Louis, ville qu’il déteste, alors qu’il souhaitait reposer à la Nouvelle-Orléans.


Ses plus grandes créations, La Ménagerie de verre, Un Tramway nommé Désir, La Rose Tatouée, La Chatte sur un toit brûlant, Soudain l’été dernier, Doux oiseau de jeunesse, La Nuit de l’iguane ont incendié les scènes théâtrales du monde entier. Et il demeure l’un des auteurs américains les plus joués. Son théâtre est indissociable du cinémahollywoodien des années 50/60 et des actrices et acteurs iconiques de cette époque.






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