8  Vieux Carré  1977

L’Écrivain: Léonard Cazenave, Miss Wire: Bettina Oberman, Nursie: Sylvie Duchêne, Jane: Florence Jacob, Nightingale: Étienne Giannesini-Bizot, Tye et Un policier (voix) : Marjan Ahmed, Sky: Théo Luzy, Un amant et Un policier : Hugues Barrière, Le juge: Marie Benoist-Lucy


D'inspiration autobiographique, cette pièce crépusculaire en deux actes relate la vie mouvementée des pensionnaires d’une auberge miteuse du Vieux Carré Français de la Nouvelle-Orléans, ville que l’auteur affectionne particulièrement. Jeune adulte, il y découvre une vie de bohème, s’y émancipe, y occupe de multiples emplois modestes et précaires, y observe la faune interlope de ce quartier populaire de Louisiane qui deviendra le décor de nombreuses de ses pièces en un acte.

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La pension est tenue par Mrs. Wire, tenancière ombrageuse et rugueuse, aidée de Nursie, une vieille domestique éreintée et continuellement rudoyée. La plupart des pensionnaires sont abimés par la vie et la solitude : l’Écrivain (Tennessee Williams) jeune homme naïf et angoissé, Jane, jeune femme éduquée en rupture de ban, Tye, homme de mains dans une boîte de strip-tease, Nightingale, peintre raté et tuberculeux. La pièce est constituée d’une suite de souvenirs formant autant de tableaux tantôt baroques, cruels, burlesques ou désespérés dans lesquels ces êtres se débattent.

Il porte sur eux, un regard lucide et d’une tendresse infinie. 


Ces archétypes de personnages hantent toute l’œuvre de Tennessee Williams, (lui-même,) tels que sont l’artiste-maudit, la jeune femme de bonne famille, le petit malfrat, la domestique de couleur, les jeunes errants, les vieilles filles nécessiteuses (absentes de notre adaptation) …. Tout  comme les thèmes qui parcourent cette pièce: la solitude, l’échec, le déclassement sociale et la misère, l’amour, la maladie, la mort, la folie, la sexualité, le viol, l’addiction, la prostitution sont une émanation de Tennessee Williams et une sans aucun doute, une-part de nous-même, même s’il est peut enfouie,  qui n’a pas eu à les affronter …  


Dans l’oeuvre originale, le personnage du peintre n’est pas jeune homme de trente ans, mais un homme de soixante ans, usé, plus agressif.

Tout comme le personnage de Nusie, est une vieille domestique noire, si elle est née après fin de l’esclavage, ses parents le furent et connait la ségrégation raciale depuis son enfance. 




Quelques  Photos







Tennessee Williams  1911  1983


Avec Eugene O’Neill, Arthur Miller et Edward Albee, Tennessee Williams est l’un des quatre dramaturges américains majeurs du XXème siècle, et le seul sudiste.

Tennessee Williams est influencé par le théâtre d’Anton Tchekhov, de Henrik Ibsen et de George Bernard Shaw, il tente tout comme eux de restituer “la vie” dans ses pièces ; sa forme de prédilection est “la conversation”.

Auteur complet et prolifique, travailleur acharné, il n’a cessé d’écrire et de réécrire pièces, romans, nouvelles et poésies, depuis son plus jeune âge et cela jusqu’à sa mort. Plus d’une centaine de pièces, deux romans, une cinquantaine de nouvelles, trois recueils de poèmes, quatre-vingts essais, deux mille huit cents lettres.

Il est très influencé par les mythes antiques et les acteurs hollywoodiens, la mystique religieuse (bien que peu croyant), l’androgynie, le symbolisme animalier, la flore sauvage souvent dangereuse, les éléments météorologiques. Sa littérature déploie les thèmes obsédants de la solitude, du désenchantement, du désœuvrement, de l’amertume, des rêves brisés, de l’orgueil foudroyé, de l’angoisse, de l’aliénation, des amours vaines, du désir inassouvi, de la sexualité et de l’érotisme, du viol, de la domination masculine, patriarcale et religieuse, … Les références à l’homosexualité (masculine ou féminine) parsèment son œuvre, toutefois de manière diffuse, suggérée, c’est un élément parmi d’autres, rarement déterminant. La plupart des personnages de son œuvre sont inadaptés, marginaux, perdants, désemparés, en lutte Son écriture est qualifiée de néo-réalisme romanesque, teintée de baroque. Elle est ciselée, charnelle, ironique, lyrique.


Né Thomas Lanier Williams, le 26 mars 1911 à Columbus, état de l’Ohio, il décède, de cause non déterminée (accidentelle ou par suicide), le 25 février1983, à New-York. Il prend le nom de Tennessee en hommage à ses origines françaises, et à son fort accent sudiste, pour lequel il fut très souvent moqué.

Enfant de santé fragile, alité plus d’une année, il grandit au milieu d’une vie familiale chaotique : une mère tendre et un peu snob qui lui offre sa première machine à écrire en 1923, un père alcoolique, autoritaire, violant et incestueux, un grand-père maternel pasteur ouvert d’esprit et féru de littérature, qui l’emmène dans ses nombreux voyages en Europe, une grand-mère qui joue du violon et du piano, une nounou noire très affectueuse qui lui transmet la culture afro-américaine. Et, bien entendu, sa sœur aimée, Rose, âme-sœur et double de l’auteur, figure centrale de son œuvre, avec qui il entretient une relation fusionnelle. Rose a une santé psychique fragile, elle est régulièrement internée.


En 1938, après l’obtention de ses diplômes universitaires, Tennessee Williams quitte sa famille pour la Nouvelle-Orléans. Jeune adulte, il y découvre une vie de bohème, s’y émancipe, y vit ses premières expériences sexuelles, y occupe de multiples emplois modestes et précaires, y observe la faune interlope de ce quartier populaire de Louisiane qui deviendra le décor de nombreuses de ses pièces en un acte.

En 1941, lorsque les États-Unis entrent en guerre, il est réformé en raison de son dossier psychiatrique, de son homosexualité, de son alcoolisme, et de ses troubles cardiaques et nerveux.

En 1943, leur mère décide de faire lobotomiser Rose, sans en informer Tennessee. Il en est dévasté.


En 1944, La Ménagerie de verre est montée à Broadway. Puis en 1947, Un Tramway nommé désir signe le début du succès. En vingt-quatre ans, dix-neuf pièces de Tennessee Williams sont créées. La Nuit de l’Iguane (1961) est son dernier grand succès. Il va s’ensuivre un long déclin artistique pour Tennessee Williams


En 1940, Tennessee entame la première des trois grandes liaisons amoureuses de sa vie avec un jeune danseur canadien, Kip Kierna (qui mourra quatre ans plus tard, en 1944). Il se jette frénétiquement dans cette relation et y développe un appétit sexuel qu'il ne peut réfréner. Il a beaucoup d’amants, dont certains tarifés.

Être mobile, il voyage beaucoup : Europe, Amérique du Sud. De santé fragile, de caractère anxieux, dépressif et hypocondriaque, toujours en quête d’absolu et de pureté, il est en prise à d’intenses colères, à des crises profondes  de  culpabilité  et  d’excès de toutes  sortes  (alcools,  stimulants,  médicaments), tout  en ne  cessant

d’écrire et de nager quotidiennement.

En 1963, son grand amour et amant, Frank Merlo, avec qui il a vécu pendant quinze ans, meurt d'un cancer à New-York. Pour Williams, c'est l'effondrement,

Dès lors, dévasté par le chagrin, le dramaturge connaît une lente descente aux enfers qui va durer sept ans, les “années de la grande déprime”.

Tennessee Williams est interné de force en 1969 par Walter, son jeune frère. Il décrit cette expérience comme très éprouvante et humiliante.


Les dernières années de sa vie sont un naufrage artistique, tant redouté. S’il est acclamé, adulé, primé, honoré dans les festivals et théâtres renommés, il est désormais d'un autre temps ; Tennessee Williams ne se fait plus d'illusion sur son avenir. Ses dernières années sont une fuite en avant ; seul, il est miné par une profonde tristesse.

Abandonné par son dernier amant, il est retrouvé mort le 25 février 1983, dans sa suite de l'Hôtel Élysée à New York. Contre sa volonté, son frère Walter le fait enterrer à Saint-Louis, ville qu’il déteste, alors qu’il souhaitait reposer à la Nouvelle-Orléans.


Ses plus grandes créations, La Ménagerie de verre, Un Tramway nommé Désir, La Rose Tatouée, La Chatte sur un toit brûlant, Soudain l’été dernier, Doux oiseau de jeunesse, La Nuit de l’iguane ont incendié les scènes théâtrales du monde entier. Et il demeure l’un des auteurs américains les plus joués. Son théâtre est indissociable du cinémahollywoodien des années 50/60 et des actrices et acteurs iconiques de cette époque.