Molière – Le Mariage forcé (1644)

La pièce Le Mariage forcé relate les mésaventures de Sganarelle, homme d’âge mur, bourgeois fortuné et naïf, qui s’est mis en tête d’épouser la charmante Dorimène, afin de s’assurer une retraite sexuelle et affective confortable. Celle qu’il croyait posséder et dominer à bon compte, se dévoile indépendante et lui propose sans embarras, un troc, sa jeunesse et sa beauté contre argent, divertissement et la liberté d’aimer qui bon leur semble.

Décontenancé par cet aplomb et ce discours libertaire, il consulte philosophes, bohémiennes afin d’être rassuré sur la rentabilité de cette entreprise, qu’il doit célébrer le soir-même. 

Chacun y va de son charabia, de sa philosophie creuse, de ses boniments, plus enclines à le dépouiller de sa bourse qu’à lui prodiguer conseils et enseignements.

Le piège va-t-il irrémédiablement se refermer cruellement sur Sganarelle ?


Cette pièce illustre la toute-puissance phallocratique des hommes, l’inégalité entre les sexes, la marchandisation du corps féminin et son assujettissement physique et moral, réduisant les plus dociles à se soumettre, à subir ; et les plus combatives à tricher, en cocufiant leur époux, en supputant une mort rapide de ce dernier, tout en le dépouillant de son vivant, et enfin le patriarcale ou le matriarcale d’une société qui contraint ses enfants à leurs dessins pour satisfaire leurs propres objectifs.

Le constat d’une telle société est affligeant, désespérant et ne peut qu’interroger.

De cette farce cruelle, nous avons fait le choix d’en garder la cruauté



    

Le Mariage forcé est représenté pour la première fois en janvier 1664, dans le salon d’Anne d’Autriche et devant la famille royale. Molière y joue le rôle de Sganarelle, un personnage inspiré de la tradition de la commedia dell’arte qu’il affectionne et dont il fera, au gré des pièces, un valet, un bourgeois, un bûcheron ivrogne, un tuteur possessif ou un barbon autosatisfait, souvent ridicule. 

L’origine italienne possible de son nom est éloquente : sgannare signifie désillusionner, dessiller, et s’applique sans peine à un personnage qui incarne un dindon de la farce qui découvre à la fin qu’il a été floué. 

Louis XIV, quant à lui, danse dans le spectacle, costumé en Égyptien, dans une chorégraphie de Pierre Beauchamps sur une musique de Jean-Baptiste Lully.