STUDIO

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QUATRE PIECES 

Jean-Luc LAGARCE

 

Juste la fin du monde - 1990 


Louis, un homme, encore jeune, vient nous apprendre avec détachement sa mort prochaine et son désir de retourner voir sa famille, qu’il ne côtoie plus depuis de nombreuses années, afin, de la leur annoncer. 

Contre toute attente, il ne dira rien de son état de santé; dès lors le drame personnel se soustrait à une crise familiale, s’éloignant de toute compassion de circonstance qu’il ne peut que redouter, laissant place à une parole plus incisive et brutale. Les situations conflictuelles s’enchainent, tout autant tragiques que comiques.


Ces prises de parole permettront de relever l’ampleur de la difficulté de communication entre les membres de la famille, l’ambiguïté des liens familiaux et la place de chacun dans une fratrie, les conséquences de l’absence prolongée de l’un d’entre eux, la nostalgie d’une époque révolue, l’effet du temps sur la cellule familiale et son délitement, le choix de s’en extraire et le besoin de se construire une existence propre.

Alors que les soliloques de Louis et d’Antoine abordent des thèmes plus intimes, plus introspectifs, tels la solitude et l’isolement, la complexité d’aimer et ses incertitudes, et en particulier l’attente d’une mort prochaine et irrémédiable, dans un contexte non spécifié, celui des Années SIDA (80-90) qui emportèrent plusieurs millions de personnes.


Après la famille, la mort, l’écriture est l’autre thème essentiel de cette pièce. 

Elle présente une structure novatrice, avec utilisation d’une figure de style, l’épanorthose récurrente, la non-concordance des temps. Son agencement constitué de longs monologues, tels des poèmes, entrecoupé de scènes courtes, sa dramaturgie elliptique, entremêlent passé, présent, futur, scènes dialoguées et adressées au public. Son propos et sa portée narrative, entre fiction et autobiographie du personnage de Louis, double de l’auteur, s’inscrivent dans le courant littéraire du 20ème siècle de l’autofiction. 

De cette œuvre se dégagent une violence évidente, un désarroi profond, une tension palpable. Cependant la langue de Lagarce est vivace et colorée; elle désamorce tout sentimentalisme, préférant la cruauté, l’autodérision et l’humour, à un quelconque apitoiement. 


Le texte de Juste la fin du monde sera refusé par les éditeurs. Il ne sera édité et joué qu’en 1999. Actuellement, c’est une des pièces les plus jouées en France et elle est traduite en plus d’une vingtaine de langues. 

En 1995, l’auteur en propose une variation plus ample, sous le titre Le Pays lointain.

Cette pièce fait partie du cycle dramatique le fils prodigue, composé de quatre œuvres écrites en 1984 et 1995. Elle est aussi une autre variation sur les thèmes des retrouvailles, des liens affectifs, de la solitude, décrits dans Derniers remords avant l’oubli.

Dispositif de jeu: bi-frontal, durée du spectacle: 1H20, texte partiel






Distribution


Louis : Étienne Giannésini-Bizot

Camille (Suzanne) : Marjan Ahmed

Antoine : Hugues Barrière

Catherine : Anne Mourand-Sarrazin

La Mère : Évelyne Mayeur



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